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Artikel - 29/11/2017

LE GERANT DU JAN DE NUL GROUP SE PLAINT DU CARROUSEL ADMINISTRATIF

Peu d'entreprises flamandes ne frappent autant l'imagination que Jan De Nul nv à Alost. Si le siège social du Jan De Nul Group se situe au Luxembourg, Jan De Nul reste toutefois étroitement lié à la ville du carnaval. En 2017 sera érigé un immeuble de bureaux entièrement neuf de 25.000 m² sur le site du Tragel pour renforcer cette implication. InfraStructure est parvenu à s'entretenir avec le gérant Dirk De Nul qui explique la croissance de l'entreprise, les problèmes nationaux et internationaux auxquels sont confrontés une entreprise de cette taille et ce secteur, et les plans d'avenir.


DRAGUEUR ET CONSTRUCTEUR D'ECLUSES

L'A11 entre Bruges et Westkapelle est une réalisation du Jan De Nul Group. Les travaux d'infrastructure et les ouvrages civils ne représentent plus actuellement que 25% des activités de l'entreprise

Le Jan De Nul Group découle d'une entreprise générale classique qui a vu le jour en 1938. De la construction de logements, on est vite passé à l'érection de bâtiments plus grands, dont l'hôpital de Ninove. “Mon père a commencé cet hôpital encore avant la Seconde Guerre mondiale", explique Dirk De Nul. “Mais le parachèvement n'a eu lieu qu'en 1949, parce que les années de guerre ont tout gâché. La transition vers les travaux de dragage est intervenue dès les années 50. Initialement, tout se faisait encore avec un navire loué, mais mon père y a pris goût. Très vite, il a réalisé qu'il se sentait plus à l'aise dans le dragage que dans les travaux d'entreprise générale classique. Il a commandé sa première drague en 1952 aux Pays-Bas pour draguer le canal Gand-Terneuzen. Entre-temps, nous sommes aussi restés entrepreneur civil, il est vrai non plus pour des villas et des maisons, mais pour de grands bâtiments complexes, des travaux d' infrastructure et des ouvrages hydrauliques tels que des complexes d'écluses. L'écluse de Merelbeke fut notre premier projet. Et récemment, nous avons inauguré l'écluse Kieldrecht. Vu la taille des différentes écluses que nous avons construites, nous pouvons dire à raison que nous sommes le plus grand constructeur d'écluses au monde. Cependant, cela n'empêche pas que si les constructions civiles représentaient auparavant 75% de nos activités, et les travaux de dragage 25%, ce rapport s'est totalement inversé à l'heure actuelle."


EXPERTISE INTERNE PAR LA FORMATION ET L'ACQUISITION

Avec l'acquisition de Soetaert nv à Ostende, le Jan De Nul Group acquiert l'expertise requise. Ceci se remarque, entre autres, aux travaux de fondation pour ce garage souterrain à AlostDirk De Nul évoque quelque peu les changements dans le marché, en vertu desquels les clients optent actuellement de plus en plus pour un projet total qu'ils confient à un seul entrepreneur. “A cet entrepreneur de mener à bien le projet, en faisant appel ou non à des sous-traitants. Avec le Jan De Nul Group, nous agissons le plus souvent comme entrepreneur principal possédant une très grande expertise et nous faisons appel à des sous-traitants pour les travaux qui ne font partie de notre expertise. Une partie des missions consiste par exemple en activités environnementales comme les assainissements de sols. Il n'est pas rare que nous prenions en portefeuille le développement ultérieur des terrains assainis. Pour de tels projets, nous collaborons avec nos filiales Envisan et PSR Brownfield Developers. Nous adoptons depuis déjà plus d'une décennie une stratégie visant à exécuter en régie un maximum de missions. Ceci ne veut pas dire que nous faisons toujours mieux ce que nous faisons nous-mêmes, mais nous gardons toujours le contrôle. Nous ne sommes pas dépendants de tiers pour la qualité livrée ou le délai dans lequel nous devons achever le travail.

Attention: nous n'exagérons pas dans l'acquisition de l'expertise. Notre ambition n'est absolument pas d'installer aussi des techniques ou une finition personnelles dans les bâtiments que nous avons érigés. Si nous avons besoin d'électriciens, de spécialistes du chauffage, de plafonneurs, etc., nous consultons le marché. Avec la dernière acquisition que nous avons réalisée, avec Algemene Ondernemingen Soetaert nv d'Ostende, nous avons acquis une expertise qui nous faisait défaut jusque-là. Nous cherchions un partenaire pouvant être désigné responsable au sein de notre groupe des soutènements, pilots, parois moulées et autres. Soetaert signifie donc une grande valeur ajoutée pour d'importants projets nécessitant résolument cette expertise. La première preuve se trouve déjà dans notre quartier, à savoir l'aménagement d'un tunnel sous le carrefour de la Boudewijnlaan avec la Siesegemlaan à Alost."

“Cela dure bien trop longtemps avant qu'un dossier de construction soit finalise. Je ne vois pas d'amelioration, malgre tout le tintamarre sur la simplification administrative" 

CLIENTELE DIVERSE

Jan De Nul Group dispose d'un large parc de machines et d'une grande flotte. Le navire d'installation Vole au Vent pour éoliennes a été récemment mis en service“Avant, nous n'avions en fait qu'un seul client, le ministère des Travaux publics", raconte Dirk De Nul. “Après la régionalisation des compétences, les diverses administrations publiques régionales sont bien entendu notre principal client. Mais en Belgique, nous avons par ailleurs pas mal réalisé pour l'industrie et pour des clients privés. Vous rencontrez aussi ces mêmes groupes-cibles dans nos missions étrangères. Nous travaillons pour le moment à Panama à un mur de quai pour un client de Singapour. Nous avons une clientèle très variée, tant au niveau national qu'international. En Belgique, nous réalisons un chiffre d'affaires de 571 millions d'euros dans la construction civile. Ceci représente environ 25% de notre chiffre d'affaires total, qui s'élève à 2,2 milliard d'euros. Le gros de ce chiffre d'affaires est clairement réalisé par les travaux de dragage et les travaux apparentés que nous avons lancés récemment, comme l'installation d'éoliennes en mer."


EXPERIENCE EST LE MOT-CLE

L'expertise interne est le mot-clé chez Jan De Nul Group. Etoffer cette expertise reste de surcroît un défi constant. “Avant, personne n'avait entendu parler par exemple d'un parc à éoliennes sur mer. Nous aussi, nous devons suivre le mouvement. Mais notre avantage est d'être depuis toujours des entrepreneurs civils et de pouvoir nous appuyer sur une expérience inestimable. Nous avons déjà coulé pas mal de mètres cubes de béton dans des conditions très difficiles. A cela s'ajoutent notre expérience du dragage et notre expertise dans le levage de charges très élevées. Dès 1987, nous avons réalisé le sauvetage du navire échoué Herald of Free Enterprise. Notre avantage ultime par rapport à la concurrence est que nous avons de nombreux techniciens. Nous n'avons pas besoin d'un bureau d'études externe pour coucher sur papier dans les moindres détails une mission entièrement nouvelle pour nous. Il suffit de consulter notre équipe de techniciens, dessinateurs et chiffreurs pour savoir ce qui nous attend. Un atout complémentaire de notre entreprise est que nous disposons par ailleurs d'un atelier où nous réalisons nous-mêmes les éléments dessinés. Mon père nous a appris à réaliser souvent un modèle. Si un élément donné, par exemple un escalier en acier ou en béton, fait l'objet d'une discussion, nous demanderons vite à nos menuisiers d'exécuter une partie de cet escalier en bois. Nous pouvons ainsi nous faire une idée réelle et la discussion est alors à moitié terminée."


PLUS GRAND EMPLOYEUR CROATE A L'ETRANGER

La plupart des entreprises n'existent que par la grâce de leur personnel. C'est encore plus le cas du Jan De Nul Group, fort de 7.000 hommes. “Environ 1.000 personnes travaillent à Alost. Et encore environ 800 sur d'autres chantiers belges", précise De Nul. “Tous les autres salariés travaillent à l'étranger. Cette politique du personnel reste tout un défi. L'équipage d'un navire par exemple est aujourd'hui totalement différent de celui dans les années 60. Environ 95% des personnes à bord sont des marins qualifiés. Nos écoles de navigation belges ne fournissent pas assez de diplômés pour satisfaire à notre demande. C'est pourquoi nous avons engagé env. 625 Croates. Car la Croatie a un réseau très dense de bonnes écoles de navigation. Nous avons même été honorés comme plus grand employeur étranger de Croates. Certains de nos navires ont un équipage entièrement croate. Au niveau local, nous travaillons avec un agent qui recrute pour nous. Mais ce n'est pas seulement le cas en Croatie. Nous travaillons aussi avec de tels agents au Panama ou en Argentine, par exemple."


REGLEMENTATION ETOUFFANTE

Dirk De Nul évoque la réglementation et les tracasseries administratives y afférentes comme l'un des principaux points névralgiques de la construction civile. “Rien qu'en Belgique, c'est souvent un embrouillamini inextricable. Au moins des mois de négociation précèdent ici la finalisation d'un dossier de construction. Je ne vois pas d'amélioration en vue, malgré tout le tintamarre sur la simplification administrative. Lors de votre demande de permis de construction, vous devez déjà introduire votre permis d'exploitation et votre permis environnemental. Chaque administration traitante dispose de ses propres délais de traitement. Dans le cas d'un refus, il n'est pas rare de repartir de zéro. Quoique cela ait déjà un peu changé. Avant, il était possible que votre permis de construire reste trois mois à la maison communale pour être quand même refusé dans la dernière semaine du traitement en raison d'un puits d'eau de pluie trop petit. Après avoir adapté votre plan, vous pouviez encore attendre trois mois. C'était devenu absolument fou. Maintenant, vous pouvez bel et bien déjà obtenir un permis sous conditions suspensives."


NORMES INCENDIE PLUS STRICTES

“Un problème immense reste les normes incendie. Les services d'études incendie ont énormément évolué ces dernières années: avant, quelqu'un se chargeait de telles études à ses moments perdus. Maintenant, divers services ont été regroupés et couvrent tout un domaine. Les normes ont été passées au crible et renforcées. Mais un bâtiment de cinq étages n'est pas un gratte-ciel comme à Hong Kong. Cela doit rester réalisable."


REGLEMENTATIONS INTERNATIONALES CONFLICTUELLES

La problématique décrite par Dirk De Nul ne couvre encore que notre petit pays. Par ailleurs, le Jan De Nul Group est confronté à la réglementation complexe mondiale. “Un grand problème auquel nous sommes confrontés chaque jour, concerne les droits d'importation", confie Dirk De Nul. “Dans certains pays, il n'est pas évident de les obtenir régulièrement. Certains chantiers accusent des mois de retard, parce que des éléments élémentaires ne sont pas introduits, que des dossiers ne sont pas traités, que des marchandises sont bloquées par la douane pour être quand même refusées au final, etc. Un exemple: à bord de chaque navire, il existe un hôpital, très limité. Un capitaine doit être capable d'amputer une jambe, par exemple. Cependant, certains pays interdisent l'importation d'anesthésiant. Ceci, alors que tant le drapeau luxembourgeois que belge exige bel et bien de l'avoir à bord. Ceci crée une création duale, en vertu de laquelle votre capitaine peut se retrouver en cellule dans le pire des cas pour l'importation de produits interdits. Il n'est pas rare non plus que les permis de séjour soient un point névralgique. Notre équipage travaille généralement durant 58 jours d'affilée, suivis par trois semaines de congé. Pendant ce congé, un nouvel équipage vient le relever. Mais il arrive souvent qu'un membre d'équipage ne peut pas partir en vacances, parce que son passeport n'est pas libéré, ou qu'un membre de l'équipage de relève ne peut pas travailler, parce qu'il n'a pas reçu de permis."


NOUVELLE CONSTRUCTION A ALOST

Le Jan De Nul Group possède déjà un riche passé, mais l'histoire n'est absolument pas arrivée à son terme. Le groupe prévoit en effet une construction totalement neuve sur le site de la filiale d'Alost. “Notre extension de bureaux la plus récente date de 2005, mais nous songeons depuis deux ans à la suivante. En janvier 2017, nous voulons en poser la première pierre. Certains bâtiments sur le site seront démolis. Au total, nous ajouterons 25.000 m², dont 18.000 m² de bureaux en surface et le reste en parkings souterrains. De 100 à 250 nouveaux membres du personnel y trouveront place."


Emplois vacants

“Aujourd'hui, nous avons une centaine d'emplois vacants pour des fonctions diverses. Cela semble beaucoup, mais on atteint vite ce chiffre. En effet, quelques navires sont sur la table à dessin. Dès qu'ils sont achevés, vous avez besoin bien entendu d'un équipage complet de 150 personnes."


VERS 10.000 SALARIES

“Quand je vois que le groupe compte près de 1.000 salariés de plus que l'an dernier, je ne serais pas étonné de nous voir employer plus de 10.000 personnes dans le monde dans cinq ans", confie Dirk De Nul. “Attention: ce n'est pas du fétichisme. Notre stratégie ne vise pas à employer 10.000 personnes, coûte que coûte. Nous partons d'une croissance organique et si celle-ci continue d'évoluer comme aujourd'hui, nous pourrons y arriver. Si j'ai dit tout à l'heure que la réglementation est un problème, nos salariés sont la solution. Nous sommes bien conscients de la valeur de notre personnel. Notre groupe consent d'énormes efforts pour recruter: collaboration avec des écoles, journées emploi, campagnes de recrutement, et ainsi de suite. Mais dès qu'ils signent un contrat ici, le travail ne fait que commencer. Nous devons aussi les garder ici. Nous y accordons une grande attention. Celui qui part, est convié à un entretien de départ pour connaître les raisons du départ. Nous voulons en apprendre pour une meilleure concordance de notre politique du personnel avec nos salariés."