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28/11/2017 - JAN DE NAEYER

“AUJOURD'HUI, NOUS CUEILLONS LES FRUITS DES PROCEDURES OPTIMISEES DURANT LA CRISE"

Tom Hoogmartens voit dans chaque crise une opportunité

A 31 ans à peine, Tom Hoogmartens est le CEO de l'entreprise de construction routière Hoogmartens Wegenbouw, qui emploie plus de quatre-vingts personnes en Belgique et aux Pays-Bas. Il a guidé son entreprise à travers les années de crise 2013-2015, il a misé sur une diversification de la gamme et, afin d'être moins dépendant du marché des investissements flamand, il a percé le marché néerlandais. InfraStructure a discuté avec ce chef d'entreprise passionné, qui a une vision bien tranchée sur le secteur et sur sa propre entreprise.


TROISIEME GENERATION

Hoogmartens Wegenbouw est une entreprise familiale qui fêtera son cinquante-cinquième anniversaire l'an prochain. Tom Hoogmartens représente actuellement la troisième génération. “Le passage de flambeau a eu lieu au début de l'année, faisant de moi le propriétaire à part entière", déclare le gérant. “Avec Hoogmartens Wegenbouw, nous nous occupons surtout de l'entretien des routes, aussi bien pour l'asphalte que pour le béton. 75% de nos clients sont des administrations locales et régionales. Le reste de nos clients sont issus de l'industrie. Nous sommes surtout actifs au Limbourg, à Anvers et au Brabant Flamand. Depuis l'an dernier, nous possédons aussi un établissement à Venlo, aux Pays-Bas. C'est de là que nous desservons les régions néerlandaises du Limbourg méridional, du Limbourg septentrional et du Brabant. En 2015, nous avons déterminé notre stratégie à l'horizon 2020. Actuellement, nous sommes en train de réaliser une belle croissance avec nos quatre-vingts collaborateurs."


DE L'ASPHALTE MAIS EGALEMENT DU BETON

Hoogmartens Wegenbouw respecte parfaitement son planning pour atteindre son objectif 2020. Selon Hoogmartens, il y a plusieurs raisons à cela. “C'est un fait: le marché remonte", déclare-t-il. “A l'époque, Hilde Crevits a rattrapé le retard concernant l'entretien des autoroutes. Son successeur Ben Weyts est en train de s'occuper des routes régionales. Cela comprend de nombreuses routes asphaltées avec des bordures en béton et des pistes cyclables en béton. Souvent, le façonnage du béton joue un rôle important dans les travaux d'entretien. C'est pourquoi nous avons récemment élargi nos activités au façonnage du béton. Autrefois, l'accent était mis sur les travaux d'asphaltage et de fraisage. Aujourd'hui, nous coulons également sur place des bordures, des rigoles ou des glissières New Jersey. Nous fournissons aussi du béton imprimé et du béton lavé. Aux Pays-Bas, nous avons lancé notre propre société et nous sommes partis de zéro. Au début de cette année, nous avons aussi racheté une petite entreprise de béton que nous sommes actuellement en train d'intégrer dans notre fonctionnement. Grâce à ce rachat, nous sommes parvenus à bien étoffer nos activités. Aujourd'hui, nous sommes donc en mesure de proposer à nos clients une gamme plus complète."


GENIE HYDRAULIQUE

L'entreprise ne se limite pas aux bordures ou aux pistes cyclables en béton. “Nous exploitons aussi notre savoir-faire en matière de béton pour le génie hydraulique. Plus tôt dans l'année, nous avons réalisé un magnifique projet à Nieuport", déclare Hoogmartens. “Nous avons entièrement réalisé le côté incliné entre le port de plaisance et la digue au moyen de béton imprimé coloré avec un motif de rochers bétonné. Le béton ne comportant aucun joint, il n'est pas sensible au phénomène d'affouillement. Nous voulons valoriser davantage cette expertise à l'avenir. Les possibilités sont légion: murs de quai, renforts de digue, soutènements de talus, … Autrement dit, c'est un tout nouveau marché qui s'ouvre à nous. Grâce au rachat aux Pays-Bas, nous nous sommes retrouvés d'un coup avec cette expertise en interne. En effet, l'entreprise rachetée avait réalisé le port d'Ostende il y a plusieurs années. Elle avait la connaissance pour couler du béton avec le flux et le reflux, elle savait à quoi devait ressembler la composition du béton, etc."


ANNEES DE CRISE

Le marché remonte. Et selon Hoogmartens, ce n'est pas trop tôt. En effet, son entreprise a traversé les années de 2013 à 2015 en mode 'ça passe ou ça casse'. “La crise a vraiment frappé à partir de 2013", se souvient-il. “2012 fut encore une année exceptionnellement bonne grâce aux élections communales prévues cette année-là. C'est une tradition en Flandre: les années où il y a des élections locales, notre secteur est florissant. En effet, chaque collège d'échevins veut pouvoir ouvrir une route et couper un ruban avant les élections. Mais la conséquence est que les années qui suivent, tous les investissements sont au point mort. En 2013 est venue s'ajouter la crise bancaire. Les villes et les communes étaient à sec. Ce fut le début de trois années particulièrement difficiles pour nous, qui ont entraîné une énorme baisse du chiffre d'affaires. Nous nous sommes donc retrouvés confrontés à un choix: soit nous limitions nos coûts notamment en licenciant du personnel, soit nous n'entrions pas dans ce jeu-là. Et c'est la deuxième option que nous avons choisie. En effet, nous étions toujours une entreprise familiale. Pendant des années, nous nous sommes efforcés de rassembler une bonne équipe autour de notre entreprise. Il aurait été dommage d'anéantir tous ces efforts et de repartir à zéro une fois la crise passée. Nous sommes allés trouver nos voisins du nord pour récupérer un peu de volume de travail. En interne, nous avons optimisé et digitalisé de nombreuses procédures. Aujourd'hui, ces efforts portent leurs fruits en termes d'efficacité. Ainsi, chaque crise constitue une opportunité. Mais ça a été des années très difficiles avec de très mauvais chiffres. Nos sous-traitants et fournisseurs aussi ont dû se couper en quatre pour rester opérationnels."


“PLUS RIEN A PECHER"

Maintenant que le secteur se reprend, Tom Hoogmartens se félicite d'avoir gardé son personnel pendant les années de crise. “De nos jours, l'embauche de nouveau personnel est une véritable catastrophe. Heureusement, nous possédons un vaste réseau. Mais nous remarquons que de plus en plus de gens choisissent délibérément de travailler pour une entreprise familiale. Ceci dit, il semble qu'actuellement, il n'y ait plus aucun bon poisson à pêcher. Nous menons des campagnes HR intensives et nous sommes attentifs à l'image de notre entreprise. Il faut avoir beaucoup à offrir aux candidats. Bien sûr, nous faisons aussi appel à de la main-d'œuvre étrangère. Le but n'est absolument pas de comprimer les prix mais simplement d'atteindre le nombre de bras requis. En effet, si on veille à ce que chaque travailleur étranger soit parfaitement en ordre, cela ne revient quasiment pas moins cher que d'engager de la main-d'œuvre locale. Je suis donc demandeur de contrôles plus stricts. Il n'y a que comme ça qu'on pourra chasser du secteur les cow-boys et les concurrents malhonnêtes."


“LE MARCHE DES INVESTISSEMENTS NEERLANDAIS EST PLUS STABLE"

Pour le moment, Hoogmartens voit l'avenir évoluer de manière favorable. “Entre 2015 et 2016, nous avons réalisé une croissance de 20%. Notre marché aussi a évolué de manière positive. Nous allons clôturer cette année avec une augmentation de 35% par rapport à l'an dernier, notamment grâce à nos nouvelles activités béton et avec le lancement de notre établissement néerlandais. En 2018, il y aura à nouveau des élections. Les autorités flamandes aussi gardent leurs budgets d'investissement. On ne craint donc pas un manque de travail. Quant à 2019, impossible de dire. Les investissements locaux vont sûrement diminuer. Mais pour nous, il est rassurant de savoir que plusieurs gros projets vont débuter à cette période, comme l'aménagement de la liaison Oosterweel. Cela implique que les très gros entrepreneurs travailleront sur ces gros projets et qu'ils n'empiéteront plus sur notre activité principale à savoir les plus petites missions. Ils l'ont fait pendant la crise et cela a débouché sur une véritable guerre des prix. Tout le monde essayait de survivre en baissant les prix et en gardant le personnel occupé. Espérons que cette période soit définitivement derrière nous. Mais nous restons quand même vigilants. Heureusement, le marché des investissements aux Pays-Bas est un peu plus stable et moins dépendant des élections. Par ailleurs, nous misons également sur nos activités béton dans le secteur hydraulique. Comparé à 2013, nous sommes beaucoup mieux armés contre d'éventuelles rechutes de la conjoncture."


“LA FLANDRE-ORIENTALE ET LA FLANDRE-OCCIDENTALE SONT INACCESSIBLES"

Hoogmartens limite ses activités à un rayon de cent kilomètres autour du siège à Opglabbeek. “Nous restons dans cette région uniquement à cause du problème de la mobilité. La plupart de nos travailleurs habitent dans la région d'Opglabbeek. Pour eux, il est impossible de passer par Bruxelles ou Anvers les jours de semaine. Depuis le Limbourg, la Flandre-Orientale et la Flandre-Occidentale sont tout simplement inaccessibles. Si nous voulons approcher ces deux provinces, nous devons ouvrir un siège là-bas. Pour le moment, nous n'avons aucun projet concret en ce sens. Mais il ne faut jamais dire jamais. Nous restons attentifs mais nous atteignons déjà nos objectifs sans avoir de deuxième siège. D'un autre côté, beaucoup d'entreprises de notre secteur se trouvent confrontées à une reprise, au sein de la famille ou non. Si la génération suivante n'a pas envie de perpétuer les activités familiales, certaines entreprises se retrouveront sur le marché. Autrement dit, nous sommes attentifs à chaque opportunité."


“PLUS DE CALCULATEURS POUR PLUS DE VOLUME"

Trois quarts du chiffre d'affaires de Hoogmartens Wegenbouw sont réalisés avec les autorités locales et régionales. Celles-ci attribuent des missions sur base de marchés publics. En général, c'est l'offre la plus basse qui l'emporte. “Cela signifie que nous devons bien contrôler nos coûts pour pouvoir faire l'offre la plus basse possible. Notre ratio de gain au niveau des adjudications n'augmente pas. En moyenne, nous décrochons une offre sur trois. Mais nous avons embauché plusieurs calculateurs ce qui nous a permis d'introduire plus de dossiers. Cela a sensiblement augmenté le volume. Tout l'art consiste à étudier chaque dossier en profondeur à l'avance. Bon, il faut avouer que chaque mission qu'on ne décroche pas est un poste de coût pur."


UNE INNOVATION AVEC LE BITUME ARME ROUTIER

Même si Hoogmartens Wegenbouw n'est pas le plus gros acteur, l'innovation est très importante pour cette entreprise familiale. “Récemment, nous avons lancé un tout nouveau produit: le bitume armé routier", déclare Tom Hoogmartens. “Avec les routes en béton, l'armature est déjà monnaie courante. On prévoit aussi une armature (en fibres de verre, en carbone ou en acier) dans les couches de fondation des routes en asphalte. Mais la nouveauté consiste à prévoir une armature dans la couche d'usure. Une route qui a sept ans commence à présenter des fissures. Dans ce cas-là, on peut éviter une restauration complète grâce à une couche d'usure. Si, comme nous, vous pouvez armer cette couche d'usure d'à peine quelques millimètres d'épaisseur, vous prolongez considérablement la longévité de la route. Notre armature se compose de fibres très courtes qui sont dispersées dans le bitume. Les fibres s'accrochent les unes aux autres pour former une structure de filet."


MESURES AVEC DES DRONES

En 2016, Tom Hoogmartens a été élu Jeune entrepreneur flamand de la province du Limbourg par la Confédération Construction. “Le jury est surtout attentif à l'entreprise, aux chiffres de croissance, à la stratégie, à la vision et à la mission. Il regarde aussi aux techniques utilisées. Ainsi, l'utilisation de drones est très importante pour notre entreprise. Cela fait déjà un certain temps que nous mesurons les terrains et les volumes de façon numérique. Avant, c'était un travail très minutieux: des arpenteurs mesuraient des points tous les x mètres. Cela prenait énormément de temps, surtout pour les grands terrains. Avec les drones, l'opération est beaucoup plus simple. Les drones prennent des photos du terrain puis un logiciel génère un nuage de points. Chaque pixel est un point de mesure. On obtient ainsi de nombreux points de mesure très rapidement. Non seulement cela entraîne un énorme gain de temps pour mesurer des terrains mais en plus, étant donné la qualité optique des photos, vous pouvez sans problème inventorier et mesurer chaque forme de dégât. Lorsque nous présentons une offre à nos clients, nous ajoutons toujours les photos aériennes, qui montrent clairement tout ce qu'il faut faire ou ce qui doit être restauré. Ainsi, lors de l'exécution, il n'y a jamais de discussions avec le client. Après les travaux, le drone repasse sur le terrain afin que le client ait un bel aperçu de la situation avant et après. C'est particulièrement pratique pour les clients qui possèdent plusieurs sites."